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à écouter, à lire, documentaire, web

WEB-DOCUMENTAIRE

Définition d’un genre nouveau

Pour la première fois, le Festival européen des 4 Écrans récompensera les trois meilleurs web-films de 2008 et 2009. Parmi ces douze œuvres conçues spécifiquement pour Internet, neuf web-documentaires. Un genre encore en phase d’expérimentation, donc difficile à définir.

Les documentaires changent d’écran. Du format classique télévisuel, ils s’infiltrent sur le web. Une mutation pas seulement formelle, mais qui suppose une nouvelle pratique du documentaire.

  • Un documentaire, mais web

Le web-docu n’a pas tout réinventé. Il reste un documentaire classique, reposant sur l’enquête d’un ou plusieurs journalistes et d’une équipe technique chargée de le mettre en forme. Soren Seelow, réalisateur du « Corps incarcéré », en compétition au Festival des 4 Écrans et déjà primé à « Visa pour l’image », explique avoir monté son sujet « exactement comme un documentaire radio », mais avec le multimédia en plus. Son travail s’est construit sur les interviews de quatre ex-détenus, et sur un reportage-photo en prison.

Pour Alexandre Brachet, un web-documentaire n’est pas seulement un documentaire sur un écran d’ordinateur:

Et il ne s’agit pas non plus d’une simple transposition à la toile de ce qui est possible dans d’autres médias. Le web apporte au documentaire l’opportunité d’intégrer plusieurs supports et d’en faire une œuvre multimédia. Voici quelques exemples :

Son :

Cité des mortes

Infographie et vidéo :

Berlin 1989, souvenirs du monde d'hier

Photo et texte :

Piraterie en Somalie

Photo et son :

Afghan Diaries

Diaporama sonore :

Le Corps incarcéré

Vidéo :

Camera War

Vidéo et photo :

Intended Consequences

Mais selon Emiland Guillerme, du pôle web-documentaire de l’agence CAPA, « ce qui est nouveau, c’est surtout l’interactivité ». A travers l’écran et la souris, les créateurs de web-docus parviennent à instaurer une relation plus directe avec le public, qui est invité à participer au déroulement de l’histoire.

Dans « Thanatorama », la voix-off interpelle directement l’internaute et le met dans la peau d’une personne qui vient de mourir. Il est ensuite invité à suivre le trajet du corps mort, de l’usine de cercueils au cimetière. Tout au long du documentaire, il peut choisir la prochaine étape. L’internaute est même mis en situation, à la place du mort, par des photos prises depuis un angle subjectif.

« L’Obésité n’est pas une fatalité » va même un peu plus loin, jusqu’à la frontière entre documentaire et jeu de rôle. Ici, l’internaute peut choisir les questions à poser lors des interviews : il est dans la peau d’un journaliste.

  • Une nouvelle forme, un nouveau fond

L’interactivité et le multimédia ne sont, en principe, pas de simples gadgets. Cette mutation du documentaire, liée à l’Internet, crée une nouvelle narration. Plus directe, mais aussi plus libre. Si certains créateurs privilégient encore une approche linéaire du récit, comme dans les médias traditionnels, d’autres choisissent de décomposer les différentes parties de leur web-docu en chapitres, que l’internaute peut aborder à sa guise. « Avec le web, on n’est plus obligé de se formater aux grilles de programmes télé » ajoute Emiland Guillerme, par ailleurs auteur d’un mémoire universitaire sur le web-documentaire.

La forme est indissociable du fond. C’est parce que les témoignages recueillis étaient forts que Soren Seelow a choisi de laisser une grande place au son dans « Le Corps incarcéré » : « Nous sommes revenus avec des témoignages assez forts. Nous nous sommes rendus compte que ce qui était fort dans ce sujet, c’était la parole. C’est pourquoi nous avons voulu lui donner toute son importance, toute sa place, et donc la respecter un peu ». Alexandre Brachet renchérit:

  • Une équipe de production plus large

En passant sur le web, le documentaire requiert d’autres compétences techniques. Aux équipes traditionnelles s’ajoutent des profils plus spécifiques à l’Internet, tels que les concepteurs web ou les web designers. « Le web-docu implique un nouvel échange, une plus grande importance est accordée à la gestion du site et à son design. Il n’y a pas que les journalistes qui décident, tout le monde est associé au projet dès le début », remarque Emiland Guillerme.

  • Un genre en développement

Les premiers web-docus français ont été développés par des groupes indépendants, à l’instar de « La Cité des mortes », créé en 2005 par la société Upian. Mais peu à peu les groupes de télévision ont suivi ce mouvement et en produisent ou en diffusent. Parmi eux, Canal+, France Télévisions et surtout Arte, qui a participé au projet « Gaza/Sderot » avec Upian. Face au succès de cette web-série, la chaîne franco-allemande en a même adapté le contenu pour une diffusion télévisée. « C’est une question d’image pour ces chaînes. Elles produisent ces documentaires afin de conquérir un nouveau public, plus jeune » souligne Emiland Guillerme. Un public jeune composé de « digital natives », qui ont grandi avec la toile et sont plus habitués à regarder des vidéos sur Internet qu’à la télévision.

Même si le web-documentaire est un genre très récent, il commence déjà à être reconnu. En septembre dernier, France 24 et RFI ont lancé le premier prix du web-documentaire, dans le cadre du festival « Visa pour l’image ». Cette année, le Festival des 4 écrans aussi a décidé d’inclure le web-film, et en premier lieu le web-docu, dans les catégories en compétition. Un gage de reconnaissance, mais aussi une manière d’encourager la création de ces œuvres issues d’un genre encore en pleine mutation.

Plana Radenovic et Cedric Sánchez

La compétition Web-films
L’atelier « Voyage au bout du charbon : les clés du succès d’un web-documentaire »
L’atelier « Web-documentaire : les coulisses de la création »

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Discussion

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: ATELIER « Le blog du festival des 4 écrans - vendredi 20 novembre 2009

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