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CA CRITIQUE

Prise de « Distanz »

 

Premier long-métrage de Thomas Sieben, réalisateur allemand de 33 ans, « Distanz » dissèque avec une lenteur chirurgicale le parcours d’un homme qui s’affranchit de la raison et de l’humanité. Description d’une froide brutalité, entre fiction, documentaire et surnaturel.

Au parc botanique de Berlin, Daniel Bauer est une espèce inconnue. Jeune, grand, attirant, le jardinier fait rêver les filles. Son apparente banalité et ses allures de gendre idéal ne cachent qu’un seul vrai défaut: Daniel Bauer est en fait un monstre.

Longtemps, il s’est contenté d’être un type bizarre. Sur le fil d’une vie entre deux mondes, Daniel Bauer oscille entre des pulsions de mort et l’amour d’une collègue, qui le ramène progressivement vers l’humanité. Puis il bascule, presque étonné lui-même lorsqu’il trempe le doigt dans le sang de ses victimes, tuées sans raison d’une balle en pleine tête.

Glacé par une ambiance sonore oppressante et la sensation d’un courant d’air collé le long de l’échine, le spectateur se fige devant le parcours de cet homme déjà mort. Un ange exterminateur sans cause ni combat, sans désir ni plaisir. De sa vie routinière, presque aucun son ne sort, si ce n’est de rares phrases qui claquent par moments, entre autres soubresauts de violence -coups de fusil ou pierre meurtrière lancée sur le pare-brise d’une voiture.

Ce qui fascine le plus, c’est sans doute la distance qui sépare Daniel Bauer des sentiments humains, l’étrangeté d’un meurtrier qui tue de loin et nettoie ses armes comme il récure sa baignoire. Dans son regard, on ne voit plus qu’une morne plaine, comme dévastée par un froid matin d’hiver.

Jeune réalisateur allemand, Thomas Sieben ne tombe pas dans la facilité de vouloir expliquer le mal, à grand renfort de causes socio-économiques qui font que certains êtres basculent. La caméra garde la distance d’un documentaire, mais l’absence de commentaire ou de jugement le transforme en une fiction entêtante, où la tension ne redescend jamais.

En faisant de Distanz un film descriptif, d’une brutalité froide et propre, il le rapproche du thriller psychologique et flirte avec les limites du surnaturel, tant le personnage de Daniel Bauer traverse le film en apesanteur. Une plongée dans la banalité de la folie, sans distance de sécurité.

Alexia Eychenne

(Projections le jeudi 19 novembre 2009 à 18h30 et le vendredi 20 novembre à 14h30)

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