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CA CRITIQUE

« The Cat, the Reverend and the Slave »: le virtuel, en vrai

Durant 1h20, ce documentaire plonge dans l’univers méconnu et souvent stigmatisé du monde virtuel Second Life. Les réalisateurs évitent brillament les clichés que présente un tel sujet.

Alain della Negra et Kaori Kinoshita à l'issue de la projection de leur film. CC: Arnaud Brunet

Loués soient Alain della Negra et Kaori Kinoshita ! Sur un thème aussi favorable au racolage que les univers virtuels, les deux documentaristes s’abstiennent de poser un regard moralisateur. Sans voix off, sans experts, sans statistiques, « The Cat, the Reverend and the Slave » montre, au quotidien, des joueurs, ou plutôt, des « résidents » de Second Life. Le film n’a rien de commun avec le voyeurisme télévisuel qui prétend montrer l’intimité des « vrais gens ». Qu’un couple réel s’engueule dans sa cuisine à propos de cyberinfidélités ou qu’une maîtresse évoque ses esclaves et sa solitude, rien de réellement impudique ne filtre à travers le regard du duo.

Della Negra et Kinoshita ont aussi l’élégance d’accorder du temps à leurs images. « The Cat, the Reverend and the Slave » est un voyage souvent beau dans une Amérique caricaturée, une Amérique de ploucs. Dans ces décors urbains, entre forêts de panneaux publicitaires, pelouses bien tondues et gros pick-up, des images hypnotiques émergent. Quelques séquences astucieuses marquent, quelques autres déroutent, mais l’esthétique n’est jamais vaine. Tout concourt à faire des protagonistes des individus et non des stéréotypes. On les voit, bien sûr, devant leurs écrans, accrochés à des claviers pas toujours propres. La misère, sociale ou affective, est filmée sans complaisance. Mais le film les montre aussi vivant leur vie, ces Américains typiques dont on n’aurait pas cru se sentir proche.

Loin de moquer des comportements déviants, le documentaire prend le parti de montrer des hommes et des femmes qui se sont en partie accomplis grâce à Second Life. Le spectateur est libre de penser que tous ces fanatiques du virtuel sont affligeants, bien sûr. Reste à Alain della Negra et Kaori Kinoshita le mérite d’avoir laissé leurs personnages s’exprimer, sans gommer ce que leurs discours avait de commun avec celui de Monsieur-tout-le-monde. En interrogeant les rapports entre réel et virtuel, « The Cat, the Reverend and the Slave » pose avec finesse la question de la norme. A chacun d’y répondre.

Adrien Gaboulaud

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