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DECRYPTAGE

Les Néerlandais ne se pensent pas racistes


Deux films présentés lors du Festival, CRIPS et Coach, abordent la question de l’immigration aux Pays-Bas. L’occasion de revenir sur les problèmes d’intégration de ces jeunes Néerlandais d’origine étrangère qui restent bien souvent définis par la culture de leurs parents et leur couleur de peau.

« Wherever you go, niggers are niggers » CC: Blijburg

« Wherever you go, niggers are niggers ». « Où que tu ailles, un noir est un noir ». La phrase est lâchée par un membre du gang CRIPS, dans le film du même nom, réalisé par Joost Van der Valk et Mags Gavan. Ces gangsters sont tous originaires du Surinam, d’où leurs parents sont arrivés à la suite de l’indépendance du pays en 1975. Eux n’ont pas demandé à naître là, et ils ne trouvent pas leur place dans la société néerlandaise. Ni vraiment Surinamiens ni vraiment Néerlandais, ils ont trouvé leur identité au sein du gang. La situation de ces hommes reste exceptionnelle, le phénomène de gang marginal. Mais le racisme est une réalité aux Pays-Bas. «  Il y a du racisme, comme partout. Mais les Néerlandais en ont moins conscience qu’ailleurs – comme en France. Ils ne se pensent pas racistes », explique Jan Willem Duyvendak, chercheur néerlandais.

La communauté marocaine au coeur du débat

La situation est particulièrement délicate pour les musulmans, marocains en tête. Après la France, les Pays-Bas sont le pays de l’Union européenne qui recense le plus de musulmans (920 000, soit 6 % de la population) et la communauté marocaine est estimée à 340 000 personnes. Lors d’une étude menée en 2005, plus de la moitié des Néerlandais d’origine marocaine assuraient avoir été victimes au moins une fois de discrimination raciale. Le taux chute à 2 % pour les Néerlandais de souche. En 2006, 40 % de la population estimait que les minorités religieuses et ethniques étaient trop nombreuses dans le pays. Et 71 % des Néerlandais assuraient même que les musulmans ne pourraient jamais s’intégrer totalement.

« On a construit avec beaucoup de succès l’idée que l’intégration n’a pas marché et que c’était de la faute du multiculturalisme », souligne Jan Willem Duyvendak. « Avant, tout le monde vivait dans son propre groupe, catholique, protestant, etc. et beaucoup de lois supportaient cela. Mais cela a été mal vécu quand les musulmans ont commencé à avoir des droits aussi. Aujourd’hui, la tendance est à l’harmonisation, la négation des différences », regrette-t-il.

Prouver sa capacité d’intégration

Le meurtre de Theo Van Gogh n’a bien sûr pas arrangé les choses. Le réalisateur, connu pour ses positions anti-islam, a été assassiné le 2 novembre 2004 par un jeune maroco-néerlandais. A la suite de ce drame, des mosquées et des écoles coraniques ont été incendiées, et Amsterdam a adopté un plan de 5 à 7 millions d’euros par an pour lutter contre la radicalisation islamique. Les musulmans ont eu beau rejeter l’acte, le modèle d’intégration néerlandais en a pris un coup. Un débat sur l’identité nationale a alors débuté, qui se poursuit encore aujourd’hui, l’idée d’un musée d’histoire nationale a été lancée. « Les Néerlandais doivent être fiers de leur pays » désormais, résume Jan Willem Duyvendak. Puis le discours politique s’est durci. En 2005, Rita Verdonk, ministre de l’Intégration a instauré des tests payants de langue et de culture néerlandaises. Obligation pour tous les nouveaux migrants de prouver leur capacité d’intégration. Même traitement pour les étrangers présents sur le sol depuis 1975. Mais si elle n’a jamais été présentée comme telle, cette réforme visait à freiner l’arrivée des Marocains et des Turcs : 90 % de ceux qui résident aux Pays-Bas choisissent leur conjoint dans leur pays d’origine, ce qui représente un afflux migratoire conséquent.

Face à la discrimination ambiante, plus de 4 000 Turcs et 2 600 Marocains ont préféré retourner dans leur pays d’origine, en 2004. L’islamophobie est montée d’un cran en 2008 avec le film « Fitna », du député populiste Geert Wilders, véritable pamphlet contre l’islam. Signe du changement de mentalité, son parti, le Parti de la liberté (PVV), est sorti grand vainqueur des dernières élections européennes avec 17% des voix et 4 sièges au Parlement. Un résultat qui a fait du PVV le deuxième parti du pays.

Les Pays-Bas ne sont pas un pays raciste. Un pays ne peut en soi pas être raciste. Mais les idéologies racistes avancent, sans que personne ne tire réellement la sonnette d’alarme. « Il n’y a pas de mobilisation anti-raciste, assure Jan Willem Duyvendak. La dernière remonte au début des années 90. Les gens ne se pensent pas racistes donc il n’y a pas de mobilisation. Et puisqu’il n’y a pas de mobilisation, les gens pensent qu’il n’y a pas de problèmes de racisme. »

Elsa Maudet

À lire aussi: la critique du film “Coach” : chronique d’un racisme ordinaire

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