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INTERVIEW

Anders Østergaard: « Les journalistes citoyens birmans sont les ennemis publics n°1 de la junte »

Primé au festival de Sundance, « Burma VJ » reconstitue les révoltes qui ont secoué la Birmanie en 2007 à partir d’images clandestines filmées par de jeunes journalistes. Impliqués malgré eux dans une guerre des images contre la dictature militaire, ces activistes sont prêts à sacrifier leur vie. Le réalisateur danois Anders Østergaard revient sur le rôle des reporters militants dans un pays fermé au reste du monde.

Réalisateur de nombreux documentaires dont « Tintin et moi » en 2003, Anders Østergaard a travaillé pour « Burma VJ » avec le réseau de Democratic Voice of Burma (DVB). Basée à Oslo, l’organisation coordonne l’action des reporters citoyens birmans, qui filment au péril de leur vie dans un pays contrôlé par la junte militaire. Leurs images sortent de Birmanie par liaison satellite, avant d’être diffusées dans le monde entier. A l’été 2007, elles ont illustré la révolte des bonzes et des citoyens sur toutes les chaînes internationales.

Comment est né le projet de travailler avec des « vidéo journalistes » en Birmanie?

Anders Østergaard: J’avais l’intention de travailler sur la Birmanie depuis au moins quatre ans mais j’avais beaucoup de mal à le faire. On ne peut pas se contenter d’aller là bas avec une caméra, on aurait immédiatement toutes sortes de problèmes. On ne peut pas filmer, ni parler à quiconque ou se déplacer librement. Et puis, nous nous sommes aperçu qu’il y avait des gens à l’intérieur du pays qui faisaient déjà des images et qu’ils seraient capables d’obtenir des informations que nous ne pourrions jamais avoir. Leur histoire nous a intéressé : pourquoi font-ils ça, au risque de finir leurs jours en prison? Parler d’eux nous a permis de traiter le sujet sous un angle très intéressant, de ne pas évoquer seulement la Birmanie mais aussi le journalisme, et ce qui pousse les gens à informer dans des conditions aussi difficiles.

« Burma VJ » suit Joshua, un jeune Birman de 27 ans qui tourne des images des événements. Que savez-vous de ses motivations?

A.Ø: Il explique dans le film qu’il a surtout peur que la situation de la Birmanie tombe dans l’oubli. Il filme pour nous montrer que son pays existe toujours. Je pense que c’est presque un projet existentiel pour lui, de filmer pour prouver qu’il est encore en vie et que son pays l’est aussi.

Les régimes dictatoriaux ont-ils vraiment à craindre de ces journalistes citoyens?

A.Ø: Oui, et ils sont très inquiets. On le voit à la façon dont ces reporters sont devenus les ennemis publics numéros un, des ennemis d’Etat. La situation les préoccupe beaucoup parce qu’ils savent parfaitement quel est le pouvoir des images, et que tout devient différent pour eux. S’ils tuent des gens et que les images sont diffusées à la télévision, ça leur cause de sérieux problèmes. Pas seulement pour eux d’ailleurs, mais aussi pour tous les pays qui les soutiennent, la Chine, la Russie ou l’Inde. A chaque fois que la brutalité du régime birman est filmée, ses alliés se retrouvent aussi avec de sérieux problèmes diplomatiques.

Comment les journalistes professionnels doivent-il réagir face à l’arrivée de ces images brutes?

A.Ø: A l’été 2007 en Birmanie, les journalistes occidentaux ne pouvaient absolument rien faire par eux-mêmes. Ils n’avaient pas de visas et même quand ils arrivaient à rentrer, ils ignoraient où il fallait aller et comment il fallait faire. Lorsque des événements très graves se sont passés dans le centre-ville de Rangoon et qu’un journaliste japonais a été tué, Democratic Voice of Burma avait alors quatre reporters placés à différents endroits, qui ont couvert ce qu’il se passait comme pour un match de football. Une équipe étrangère ne peut pas avoir une telle organisation. Mais d’un autre côté, rien ne doit empêcher les médias internationaux d’analyser les informations qu’ils reçoivent de ces activistes, de construire leur propre interprétation journalistique à partir de cette matière première. A eux de la digérer et de la remettre en contexte.

Alexia Eychenne

Film projeté le jeudi 19 novembre 2009 à 19h00 et le vendredi 20 novembre à 13h30.

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