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INTERVIEW

La RNT parasitée

Le développement de la radio numérique en France patine. Dernier coup dur : le rapport Tessier, qui remet en question son développement.

La radio numérique, cinquième écran ? La RNT permettrait « d’améliorer la qualité du son, la couverture géographique et d’enrichir les services », selon Yannick André-Masse, défenseur du passage au numérique et PDG de VDL , entreprise spécialisée dans la diffusion radiophonique. Mais pour en arriver là, les nouvelles ondes ont encore du chemin à faire. La RNT enchaîne, avec difficulté, les obstacles. Le rapport Tessier, commandé par le ministère de la Culture à l’ancien dirigeant de France Télévisions affirme qu’il est « encore temps de s’interroger sur l’opportunité » de ce projet. Marc Tessier met en évidence le coût du projet, son financement et les incertitudes qui l’entourent. Entre la radio numérique terrestre, et la radio analogique telle qu’on la connaît aujourd’hui, Sébastien Troquier, du Syndicat des Radios On-Line (SYROL), croit à une solution alternative. Pour lui, la RNT « coûte trop cher », il croit plutôt « à la diffusion multi-support du flux radiophonique, par Internet, sur mobile ou sur récepteur Wi-Fi ».

Yannick André-Masse, diffuseur, et Sébastien Troquier, du Syndicat des Radios On-Line (SYROL), avancent leurs pions dans une interview croisée.

Le rapport Tessier soulève le problème du coût de mise en place de la RNT, en pleine crise, n’arrive-t-elle pas au plus mauvais moment ?

Yannick André-Masse : Encore faut-il avoir les bons chiffres ! Nous sommes diffuseurs et selon nous les prévisions du rapport sont trois fois supérieures au coût réel. Quand on annonce 7 millions d’euros pour une couverture de 85% de la population, on est trois fois au dessus du coût réel, qui avoisine plutôt les 2 millions d’euros pour la couverture. Ça n’empêche pas qu’il faut pouvoir financer quand même ces 2 millions. Pour les grosses radios, pas de problème, mais la question se pose pour les associatives et pour les radios commerciales de petite ou moyenne taille. Les associatives sont dépendantes des subventions, donc ça dépendra de l’Etat. Pour les autres, il y a un vrai problème.

Sébastien Troquier : Pour nous, il faut compter à peu près trois fois le prix d’une diffusion FM, puisqu’il faut trois émetteurs pour couvrir une ville. C’est donc trop cher alors qu’une diffusion par Internet coûte nettement moins. Et au-delà du coût, il y a très peu de récepteurs encore. Donc diffuser à vide ne sert pas à grand chose.

La norme choisie par la France (T-DMB) est-elle un problème ?

S. T : C’est un vrai souci cette norme, ce n’est pas une norme de radio mais une norme de télévision. On se demande un peu pourquoi on a fait ce choix. Mais pourquoi pas, le problème c’est que pour le moment il n’y a pas de récepteur qui existe et l’offre ne va pas être augmentée, ou très peu.

Y.A.-M. : Cette norme donne des possibilités à la radio, en l’ouvrant sur l’image. Cette problématique de la norme est une fausse problématique, aujourd’hui les tuyaux sont capables de porter l’ensemble des normes et les fabricants de récepteurs incluent des receptions avec toutes les normes. Donc pas de problème à la diffusion, ni a la réception. La question de la norme relève d’un choix politique. On a du DMB, si demain on veut mettre du DMB+ en France, ça ne posera aucun problème technique.

La diffusion multi-supports des flux radios (Internet, téléphone, récepteurs Wi-Fi) entre-t-elle en concurrence avec la radio numérique?

Y. A.-M : Non c’est complémentaire, car si c’était concurrent c’est que ça pourrait le remplacer totalement. Or aujourd’hui une diffusion hertzienne n’est pas remplaçable totalement par une diffusion internet, ou alors il faut mettre de la 3G partout ce qui n’est pas le choix des opérateurs téléphoniques. Par ailleurs, il faudrait que 2 ou 3 millions de personnes (l’audience cumulée des radios nationales) puissent se connecter sur plusieurs serveurs en même temps et écouter la même station en même temps. Aujourd’hui la radio s’ écoute en mobilité et l’Internet a encore des gros progrès à faire au niveau technique. En terme de concurrence aujourd’hui, il y 40-50 radios, qui vont se retrouver avec des milliers de radios sur internet. La locale ou l’associative qui voudrait exister dans un paysage à 50 radios c’est possible, avec un millier, je ne vois pas comment.

S.T. : Nous on peut se considérer déjà comme radios numériques parce qu’on diffuse un signal numérique sur internet. D’autant plus que, pour nous, les récepteurs existent déjà, pratiquement tout le monde a Internet et on a à disposition des iPhone ou la radio Wi-Fi. Donc on pense proposer une alternative entre la radio analogique et la radio numérique. On n’est pas des concurrents de NRJ ou d’une autre radio. On est plus sur des offres alternatives: soit sur des thématiques qui n’existent pas en FM, soit sur des thématiques qui existent en FM mais avec moins d’inconvénients que sur la FM, c’est-à-dire pas forcément avec des animateurs qui sont là pour parler dix secondes et faire de la promo pour la radio ou pas avec des tunnels de pub.

Propos recueillis par Corentin Bainier et Ivan Valerio.

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